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encelL'Iran joue une politique expansionniste

- Frédéric Encel, géopolitologue et maître de conférences à Sciences-Po, participait le 9 février 2016 à un colloque organisé par la FEMO à la Paris School of Business, sur le thème « Iran : quelles perspectives ? ». Voici le texte de son intervention: (vidéo)

Certains d'entre vous ont déjà assisté à une table ronde il y a plusieurs semaines avant la venue à Paris du président iranien, et nous avions déjà travaillé sur des thématiques de fond liées à la République Islamique d'Iran et aux caractéristiques à la fois ultra autoritaires de cet état et aux mensonges de ses dirigeants ou aux dissimulations du président de cette République Islamique, à savoir Monsieur Hassan Rohani.

On en sait un peu plus aujourd'hui puisqu'il est venu à Paris, et je suis très heureux d'avoir contribué avec et sous l'égide de la FEMO — d'avoir organisé cette deuxième table ronde avec des intervenants différents, ce qui va permettre de compléter ce que nous avions dit il y a quelques semaines de là. La venue en France du président iranien a marqué rien d'autres que des contrats — alors vous allez me dire, surtout vous en grande école de commerce, de management, que les contrats c'est important, et que, au fond, c'est ce qui fait un petit peu la pâte de la pizza des relations internationales, vraiment la base ; ça ne correspond pas à toutes les interactions entre les états mais ça y joue ça y contribue pour beaucoup ; le problème c'est de savoir avec qui on traite : peut-on faire confiance ? Doit-on traiter avec tout le monde même si nous sommes dans une situation — je parle là en l’occurrence de la France et des autres pays européens, avec n'importe quel régime ? Est-ce que ça ne risque pas de nous retomber dessus ? pour parler très égoïstement en quelque sorte. Est-ce que, moralement, tous les contrats doivent pouvoir être signés ? Et puis, est-ce que les attentes que nous avions vis-à-vis d'un président que beaucoup d'observateurs considèrent comme modéré depuis un certain nombre d'années sont justifiées ? Je voudrais commencer par ce dernier point : la réponse est évidemment non. On a, je dis on, beaucoup d'observateurs, soit naïfs soit complaisants avec la République Islamique d'Iran, ont eu tendance à considérer ces dernières années que le président Rohani était modéré, mais modéré par rapport à quoi ? On n’est pas modéré dans l'absolu, on l'est par-rapport à quelqu'un ou quelque chose ; par-rapport à son prédécesseur.

Alors évidemment, le président Mahmoud Ahmadinejad est un véritable fasciste, alors la conjonction du fascisme et de l'islam radical a donné une présidence d'ailleurs dont la deuxième a été frelatée ; les élections avaient été totalement bidonnées au moins pour la deuxième mouture. On a affaire avec le successeur d'Ahmedinejad, on a affaire avec quelqu'un qui n'entretient pas les mêmes discours hallucinés, qui fait beaucoup plus attention, qui est plus rond dans sa manière de parler ; mais attention, lorsqu’on s'intéresse au fond, ce que j'ai fait à maintes reprises, des discours du président iranien on retrouve les mêmes trames : c'est à dire un véritable autoritarisme extrêmement fort, une très grande violence - pas seulement une intolérance - une grande violence vis à vis des opposants, des opposants politiques mais pas seulement des opposants politiques, des gens qui sont perçus comme des opposants alors qu'ils ne représentent que des communautés religieuses ou philosophiques — je pense notamment aux communautés Baha'ie qui vivent une répression très dure depuis le début de la République Islamique de l'Iran en 1979, je pense à d'autres minorités, je pense notamment à des minorités sexuelles et à des groupes et des individus prétendûment opposants alors qu'ils ne le sont pas. Et j'ajoute un point important, l'un des piliers, l'un des bastions du régime, à savoir les Gardiens de la Révolution ou Pasdaran, non seulement avec cette présidence n'ont pas perdu en puissance, mais manifestement ils ont maintenu leur degré de nuisance, s'ils ne l'ont pas accru. Enfin, dernier point qui me touche un peu plus sur le plan professionnel, alors je ne suis pas un spécialiste de la société iranienne alors je ne dis pas davantage, en revanche sur le plan géopolitique, l'Iran n'a jamais autant soutenu, avec une telle ferveur militaire, la dictature extraordinairement répressive et meurtrière de Bachar El Assad en Syrie, et là nous sommes en principe, la France en particulier, en porte à faux avec Rohani sur cette question-là, puisque vous savez pour la plupart d'entre vous, je vous rappelle que la politique française vis-à-vis d'Assad ces dernières années est une politique en principe intransigeante, et là officiellement la France demande toujours, très concrètement, très clairement, le départ de Bachar El Assad avant toute entrée en matière dans des négociations sérieuses sur l'après crise, sur l'après répression et sur l'après-guerre civile. Parallèlement, moins que jamais, les Iraniens n'acceptent ce genre de position, et c'est le moins que l'on puisse dire. On pourrait encore ajouter, et j'en terminerai là pour ne pas monopoliser la parole, une politique panchiite qui est extrêmement — qui est très assumée et de plus en plus agressive vis à vis des minorités chiites à travers le Moyen-Orient ; et une instrumentalisation de la religion en faveur de la politique. Après tout, vous pouvez me dire, mais l'Iran est la puissance tutélaire du chiisme aujourd'hui, et puis généralement les gens au pouvoir sont de plus en plus des businessmen, sont de plus en plus des hommes politiques et de moins en moins de vrais, « révolutionnaires religieux ». Mais il y a ce vieux phénomène - qui ne concerne pas que le Moyen-Orient mais qui concerne surtout le Moyen-Orient -d'instrumentalisation de la religion à des fins politiques, et ça il faut le dire objectivement et très clairement, Téhéran joue à un jeu extrêmement agressif dans la région, et les amis de la FEMO le savent, je n'entretiens absolument aucun type de compassion et d'indulgence ni d'amitié vis à vis de l'Arabie saoudite oui c'est vrai, mais il ne faut pas oublier l'Iran. L'Iran joue de ce point de vue-là une politique expansionniste qui, très manifestement, est aujourd'hui très déstabilisatrice au niveau Moyen-Oriental. Cerise sur le gâteau, en droit international on n’a pas le droit précisément d'appeler à la destruction d'un état tiers, notamment un état reconnu par les Nations Unies. Qu'on apprécie ou pas la politique d'Israël, Israël est un état reconnu depuis le 15 mai 1949, par les Nations Unies, et en fait partie. L'Iran n'accepte toujours pas cela et appelle très clairement à la destruction de l'État d'Israël, en droit international c'est totalement interdit et c'est un point totalement objectif.