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va Iran320

« Où va l’Iran ? », est un ouvrage collectif paru en mai 2017 aux éditions «Autrement », 314 pages, un regard croisé sur le régime et ses jeux d’influence. Un collectif d'experts de tous horizons analyse la situation économique, politique et sociale du pays et offre un point de vue unique sur la stratégie diplomatique et militaire, ainsi que sur les interférences régionales, pour mieux saisir les jeux d'influence du régime.

Un tableau tout en nuances et une grille de lecture précieuse pour penser l'Iran contemporain et porter un regard sur l'avenir. Assistons-nous à l'amorce d'une ouverture ou au déclin de la théocratie. L’Iran, où les principaux droits humains sont quotidiennement bafoués, est au cœur des préoccupations moyen-orientales et mondiales.

Préfacé par Frédéric Encel, chercheur en géopolitique, et coordonné avec la Fondation d'Études pour le Moyen-Orient (FEMO), l’ouvrage apporte un éclairage expert sur les questions complexes du Moyen-Orient et enrichit le débat sur la situation stratégique de cette région.


« Un regard sur l’histoire contemporaine »

Par François Colcombet, Président de la Fondation d’Études pour le Moyen-Orient, ancien député, magistrat Honoraire, ancien conseiller à la Cour de cassation, et cofondateur du Syndicat de la magistrature, il a également été co-fondateur du Comité Français pour un Iran démocratique (CFID).

En Iran, il y a un secteur, celui du tourisme, dans lequel la reprise s'est faite de façon rapide depuis l’accord nucléaire de 2015. Ceux qui sont allés dans ce pays au cours des années 2015 ou 2016, ont rencontré une population ouverte et sympathique et découvert un pays passionnant. L'Iran dispose en effet d'un riche patrimoine archéologique permettant de se faire une idée de sa longue histoire. Il a en outre, une forte identité, avec un territoire qui n'a pas bougé, une langue originale et une littérature ancienne et moderne abondante. En Perse, on a toujours aimé et pratiqué la poésie.

François Colcombet nous fait découvrir les épisodes turbulents de l’histoire de l’Iran moderne, et nous rappelle que si le régime en place est détestable pour son application de la charia, l’absence de l’Etat de droit et l’exportation de l’extrémisme, le peuple iranien mérite admiration et confiance. Pour lui, c'est sans doute, à la fois à la persistance de cette riche culture ancienne et à cette formation généralisée et de bonne qualité dispensée en Iran, que le pays doit son accès aux formes les plus raffinées de la culture contemporaine, en particulier le cinéma. De grands artistes obtiennent des prix internationaux mais une grande partie de leurs œuvres n’est pas diffusée dans le pays. Car la censure est vigilante et ne laisse guère passer que les films compatibles avec l'idéologie du régime.

En effet, il sévit dans ce pays un système qui est tout le contraire de celui d'un État démocratique. Prétendant tirer sa légitimité d’une origine divine, la constitution élaborée par le clergé donne au « guide » des pouvoirs vraiment « suprêmes » qui lui permettent de « confirmer » le président pourtant élu au suffrage universel et qu'il a le droit de révoquer. Ainsi le président de la république qui exerce en théorie le pouvoir exécutif, ne le fait que sous l'étroit contrôle du guide. Dans ce contexte, quelle perspective de changement pour l’Iran ? Quelle attitude nos futures responsables politiques devraient entretenir avec un tel régime ?

« Un Pari raté : l’accord nucléaire et le comportement stratégique de l’Iran »

Par Bruno Tertrais, Directeur adjoint, Fondation pour la recherche stratégique, il est entre autre l’auteur de Le Président et la bombe, Éditions Odile Jacob, 2016 ; La menace nucléaire, Éditions Armand Colin, 2011.

Les rapports avec l’Iran ont toujours été tumultueux. Le mélange d’un islamisme millénariste et la quête de l’arme stratégique fait de ce régime étrange, guidé par un chef religieux à vie, est une source d'inquiétude pour ses voisins et au-delà. Son ingérence en Irak aux côtés des milices extrémistes attisant les tensions confessionnelles, son intervention en Syrie pour préserver un pilier de « l'axe de résistance », et son implication incontestable dans l'essor de l'islamisme, en font un régime redoutable.

La communauté internationale avait espéré tempérer le comportement de la République islamique en cédant à certains de ses prétentions nucléaires au cours de négociations qui ont abouti à un accord jugé « historique ». Bruno Tertrais dresse un bilan peu encourageant du chemin parcouru par Téhéran depuis juillet 2015. Ni son attitude vis-à-vis des droits de l'homme bafoué dans le pays, ni son agressivité à l'égard de ses voisins et ses provocations balistiques n’ont pris la voie de l'apaisement.
Dans ce contexte, les concessions accordées à Téhéran sur son programme nucléaire par l'administration Obama reste une préoccupation. En effet, il a donné un blanc-seing à l’Iran quant au volet militaire de son programme en clôturant prématurément l’enquête et a diminué le niveau de transparence demandé à l’Iran en invalidant les résolutions du Conseil de Sécurité exigeant un accès spécifique à certains sites, activités et individus.

D’autant que depuis l’accord, plusieurs développements troublants sont intervenus : l’Iran est soupçonné d’avoir illégalement acquis des matériaux pour son programme, il a introduit de l’uranium enrichi dans des centrifugeuses modernes et a annoncé qu’il commencerait bientôt à tester de nouveaux modèles qui lui permettront de réduire le temps nécessaire pour franchir le seuil nucléaire.


« La dimension militaire du programme nucléaire iranien, un état des lieux »

Par Alejo Vidal Quadras, Pr. de physique atomique et nucléaire et président du Comité International pour la recherche de la Justice (ISJ), une ONG internationale basée à Bruxelles, et ancien vice-président du Parlement Européen (1999-2014).

La saga des négociations nucléaires ardues entre Téhéran et les puissances mondiales au sujet de son programme militaire controversé, a tenu la communauté internationale en haleine pendant de longs mois en 2015. Soumis à des sanctions internationales efficaces, Téhéran a finalement cédé. Mais a-t-il réellement renoncé à son programme illicite dans sa totalité ?

L’accord nucléaire a été obtenu avec des concessions consenties par les deux parties. Le groupe des pays 5+1, les États-Unis en tête, à autorisé l'Iran à conserver la structure et les fondements de son programme. Notamment sa capacité à enrichir l'uranium et le maintien des recherches par son réseau de scientifiques resté intact. L’Iran n'ayant jamais reconnu avoir tenté de produire l'arme nucléaire, on peut douter qu’il n'y ait jamais réellement renoncé.

Pour le Pr Alejo Vidal Quadras il est important d’apporter des réponses aux interrogations sur les dimensions non encore élucidées du programme. Car si le projet nucléaire des Gardiens de la révolution a peut-être en partie été stoppé, il n’a pas pour autant été démantelé par l’accord. En effet, avec un régime ayant eu recours pendant trois décennies aux stratagèmes de dissimulation les plus sophistiqués pour cacher ses ambitions nucléaires, la confiance est difficile à rétablir.

Avec les récents tests de missiles balistiques par Téhéran, en violation des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU, de nouvelles inquiétudes ont été suscitées sur les intentions de Téhéran et la capacité de ses missiles à transporter des ogives nucléaires. Pour le spécialiste nucléaire, tant que les inquiétudes concernant la nature et l'objet du programme n'ont pas été entièrement levées, les inspecteurs de l'AIEA doivent rechercher avec encore plus de vigueur l'accès à tous les sites iraniens, ainsi qu’à ses experts et nombreux documents.

« Les pasdaran, le bras armé d’une idéologie extrémiste »

Par Yves Bonnet, Préfet honoraire, ancien directeur de la DST et directeur du Centre international de recherche et d'étude sur le terrorisme et d'aide aux victimes du terrorisme. Il est l’auteur de nombreux ouvrage sur l’Iran dont : Vevak, au service des ayatollahs, histoire des services secrets iraniens, Timée-éditions, 2009 ; Le grand complot, éditions Jean-Claude Gawsewitch, 2012 ; Le nucléaire iranienne, une hypocrisie internationale, éditions Michel Lafon, 2008

La violence islamiste ravage le Moyen Orient et étend ses tentacules à travers les continents, jusqu’à nos capitales européennes. Daech est un sous-produit de la répression du peuple irakien et syrien par deux régimes sous l'influence de Téhéran. Ni le Guide suprême iranien, ni les dictateurs de Maliki et d’Assad ne pouvaient ignorer les conséquences de leurs actes en faisant libérer les prisonniers extrémistes des prisons d’Irak et de Syrie. Une fois libérés ces extrémistes ont grossi les rangs de ce qui allait devenir l’Etat Islamique.

Mais le préfet Yves Bonnet souligne surtout que la responsabilité du pouvoir iranien dans l’essor de l’idéologie islamiste est souvent sous-estimée. Depuis la Révolution islamique de 1979 en Iran, une véritable armée a été consacrée à la diffusion de cette idéologie extrémiste dans le monde musulman. Les « Gardiens de la révolution islamique » sont devenus le fer de lance d’une campagne de déstabilisation dans la région avec le soutien de groupes extrémiste, allant du Liban et d’Irak jusqu'au Yémen et le continent africain.

Parce que le mandat des Pasdaran, inscrit dans le marbre de ses statuts fondateurs, va bien au-delà des limites géographiques de l'Iran. Il est l'instrument froid et implacable du Guide suprême religieux en vue de l'établissement d'un " califat islamique " et de « protéger la révolution islamique et ses acquis et de s’employer à étendre la souveraineté de la loi divine sur la base des lois de la République islamique d'Iran ».

Selon l’auteur, la part décisive que prennent les pasdaran à la pérennisation de la théocratie et à son expansionnisme, par des actions policières et militaires, devrait justifier qu’ils soient inscrit sur la liste des entités terroristes, avant d'être traduits devant la justice internationale, au regard de la jurisprudence établie durant la guerre en Yougoslavie.


« De l’inextricable contradiction entre politique et économie en Iran »

Par Mohammad Amin, spécialiste de l’économie politique, chercheur associé à la Fondation d’Études pour le Moyen-Orient, auteur de, La mainmise des Gardiens de la révolution sur l’économie iranienne, 2017, FEMO.

L’économie iranienne peine à décoller. Bien que les principales restrictions économiques aient été levées et la production de pétrole ait atteint le niveau d’avant le début des sanctions en 2012, la population iranienne n’en voit pas les dividendes. La pauvreté et le chômage ont créé un mécontentement explosif.

Pour Mohammad Amin, un vice structurel affecte l’économie iranienne : l’emprise de l’armé des gardiens de la révolution et des fondations religieuses. Au lieu d’investir dans la production et le commerce du pays, ces derniers utilisent les ressources à promouvoir leur ambition politique et géostratégique. Une situation qui pèse à la fois sur l'économie et la politique iranienne et ajoutent à l'instabilité ambiante.

Une partie des ressources est consacrée au maintien d’une machine répressive coûteux pour le contrôle de la société, l'autre à financer les ingérences régionales et le soutien aux nombreux mouvements extrémistes au Moyen-Orient. Les luttes intestines au sommet du pouvoir et les velléités autour de la succession du Guide suprême ajoute à l’instabilité du régime.

Une situation peu rassurante pour les institutions financières internationale qui se reprochent à l’Iran sa corruption endémique et ses opérations de blanchiment, continuant à le maintenir dans leur liste noire de pays à fort risque. La faillite bancaire, l’absence de l'État de droit, la confusion réglementaire et le déséquilibre de la politique bancaire et de la gestion des institutions économiques, ont accru les incertitudes de l'économie iranienne.

Le rôle de l’Union européenne dans les mesures prises contre les intérêts iraniens dans la lutte contre le terrorisme

Par Mikaël Bennilouche, maître de conférence en Droit privé, université de Picardie Jules Verne. Auteur de Procédure pénale : De la découverte au jugement des infractions, 2017 Lexi Fiche. Le Droit Pénal et la Procédure Pénale, 2015, Ellipes.

À l’aulne des attentats terroristes qui ont ensanglanté les capitales européennes, la nécessité d'actions coordonnées contre le terrorisme est plus que jamais à l'ordre du jour de l'Union européenne. Celle-ci s'est attachée à définir des « stratégies », « programmes » et autres « plans d'action » visant à définir un « modèle européen de sécurité » afin de lutter contre le terrorisme.

Mikaël Bennilouche dresse un état des lieux des mesures anti-terroristes des États membres, dont les parlements nationaux ont adopté à Paris, le 30 mars 2015, une Déclaration conjointe sur la lutte contre le terrorisme et des mesures restrictives en matière de terrorisme ont dotée l’Union européenne d'outils indispensables à la répression pénale, aux côtés de la directive permettant de lutter contre le financement du terrorisme.

Pour sa part, le Groupe d’Action financière (GAFI), qui rassemble notamment les représentants du G7 et de la Commission européenne, a renforcé la coopération internationale pour lutter contre le blanchiment de capitaux, recensant les pays qui ne font pas preuve d'assez d'avancées au niveau de la lutte anti-blanchiment et de la lutte contre le financement du terrorisme.

Concernant l’Iran, il porte une attention toute particulière quant au risque de financement du terrorisme émanant de ce pays et la menace que cela fait peser sur le système financier international. Le GAFI, par conséquent, demande à ses membres et invite instamment tous les gouvernements de continuer à conseiller leurs institutions financières à appliquer des diligences renforcées aux relations d'affaires et transactions avec des personnes physiques et morales de l'Iran.


« Les droits humains en Iran : un état des lieux »

Architecte de formation et chroniqueuse franco-iranienne, Simin Nouri est Présidente de l'Association des Femmes Iraniennes en France (AFIF), elle milite également au sein du Comité de soutien aux droits de l’Homme en Iran (CSDHI).

Le président iranien, Hassan Rohani, a été élu en juin 2013 avec la promesse d’ouverture sociale et l’amélioration de la situation des droits de l’homme. Arrivé au terme de son mandat, le bilan de son gouvernement suscite la réprobation des militants de la société civile et des organisations de défense des droits de l'homme. Simine Nouri dresse un bilan inquiétant de l'évolution des droits et libertés en République islamique d’Iran. Un pays qui détient le record mondial du nombre d'exécutions par tête d'habitant, et où les victimes, parfois des femmes et des mineurs, peuvent être pendues sous le prétexte fallacieux de « moharebeh » ou guerre contre Dieu.

Le non- respect du droit à la vie, la torture et les traitements cruels et dégradants, la discrimination basée sur le sexe, l’ethnie ou la religion, sont autant de pratiques qui continuent de ternir l'image de l'Iran sur la scène internationale. Loin de se montrer sensible aux appels à la modération, le régime s’est réfugie derrière « ses spécificités culturelles » et a ajouté à sa législation liberticide et misogyne. L’appareille judicaire reste contrôlé par le clergé qui applique la charia, et les juges des tribunaux dits révolutionnaires ont les mains libres pour l’accusation, l’instruction et la sentence des peines.

La polygamie reste légale en Iran, où les hommes et les femmes ne sont pas sur un pied d’égalité face au même crime. Un homme marié qui commet l’adultère peut échapper au châtiment, alors qu’une femme mariée adultère sera lapidée à mort.

Alors qu’une campagne internationale demande à l’ONU d’enquêter sur une des pages les plus sombres de l’histoire contemporaine de l’Iran, le massacre de 30 000 prisonniers politiques sont, décrit par Amnesty International comme crime contre l'humanité, ce triste état des lieux fait douter de la capacité du régime à se réformer et se conformer aux valeurs universelles des droits de l'homme. Une situation qui est loin de rassurer tous ceux qui avaient misé sur l'ouverture de Téhéran pour investir dans l’immense potentiel matériel et humain de ce grand pays.

« Les Racines de la menace terroriste iranienne »

Walid Phares, universitaire et chercheur à la Stratégie globales de la National Defense University de Washington, conseiller du Président américain sur les sujets touchant à la politique moyen-oriental et au terrorisme. Auteur Du printemps arabe... à l'automne islamiste ? », 2013, Editions Hugo Doc ; Iranian Regime Regional Threats and Strategic Responses, 2013, University press.

Le terrorisme an nom de l'Islam a une genèse. Il surgit dans l'histoire moderne avec l'installation en 1979 en Iran du premier État islamique. La terreur à l'intérieur, tout comme le terrorisme comme langage diplomatique deviennent une arme redoutable aux mains de ses dirigeants. Le Liban deviendra très tôt le terrain de son articulation pour soutirer des concessions aux occidentaux, perçue comme l’« Istikbar » (l’arrogance) maléfique. Des attaques suicides au Liban dans les années 1980 contre les casernes françaises et américaines sèment la mort avec des centaines de victimes.

Pour Walid Phares, ces attaques terroristes n'avaient aucune logique militaire pour l'Iran. Mais les objectifs d'un tel terrorisme étaient de signifier que le Liban tombait à présent sous la zone de contrôle de l'Iran. Les Ayatollahs voulaient que le pays tombe sous la domination du Hezbollah, une force supplétive créée et financé par Téhéran, avouant publiquement que son « idéologie et les explosifs » ont été importés d'Iran.

Ces méthodes ont été appelées pour la première fois “amaliyat istishadiya" ("opérations suicides") par le Hezbollah. Elles sont devenues un modèle à copier pour les djihadistes salafistes. Le chef d'Al-Qaïda a affirmé, après le 11 septembre, qu'il avait « observé le Hezbollah au Liban en 1983, où un seul homme, un seul camion pouvait tuer des centaines de marines américains. Nous avons appris d’eux. » Depuis lors, les attentats-suicides sont devenus le principal outil pour les djihadistes du monde entier.

L'élite dirigeante iranienne a conclu que la survie du régime ne pouvait être assurée que par la course vers l'expansion. Identique au national-socialisme, leur doctrine était que la survie de la république islamique dépendait d'une révolution permanente. En bref, pour que le Khomeynisme survive, il doit toujours se répandre. L'objectif à long terme était de construire une force capable de dissuader l'Occident de frapper le système d'armes nucléaires iranien. En d'autres termes, dissuader l'Occident de dissuader l'Iran était une construction stratégique très sophistiquée.

« Élection présidentielle iranienne et les calculs du Guide suprême »

Par Ramesh Sepehrrad et Reza Bulorchi, la première est experte à l'École d'Analyse et de Résolution de Conflit (SCAR) de l'université de George Mason en Virginie, le second est analyste de la politique iranienne, basé à Washington :

Le 19 mai 2017, l'Iran organise sa douzième élection présidentielle. Bien que les élections dans l'Iran théocratique ne soient ni libres ni équitables, elles offrent l'occasion de mesurer l'indice de santé politique, économique et stratégique du régime. Selon la Constitution iranienne, le vali-e-faqih (Guide Suprême) est le décideur ultime, et le président, bien qu’investit de nombreuses autorités exécutives, joue un rôle de second plan lorsqu'il s'agit de la sécurité nationale et des décisions de politique étrangère. Or, le prestige politique et idéologique du Guide Suprême religieux, l'Ayatollah Ali Khamenei, est sur le déclin depuis les soulèvements post-électoraux de 2009.

L’élection présidentielle iranienne de 2017 est particulièrement importante, car elle succède à deux événements majeurs. D’abord, la mort de l'ancien président, Hashemi Rafsanjani, le 8 janvier 2017. Ce dernier était un pilier du régime et aussi un élément clé de la victoire de l'actuel Président, Hassan Rohani, en 2013, et sa disparition est un coup majeur pour Rohani et sa faction pendant qu'ils se préparent pour l'élection. Le deuxième événement est la fin de ce que les dirigeants iraniens appellent l’« ère d'or » d'Obama et l'investiture de la nouvelle administration à Washington. L'imprévisibilité et l'incertitude politique, que Téhéran associe à la nouvelle administration, ont créé une profonde confusion au sein de ses cercles politiques.

Dans ces circonstances, Khamenei va-t-il ourdir une autre victoire électorale pour un candidat préféré, ou, céder à un autre mandat pour Rohani ? Rohani affaiblit va-t-il composer encore plus avec le Guide suprême ? La République islamique pourrait-elle cheminer sur la voie de modération et de réelles réformes ? Ou restera-t-il éternellement paralysé sous l’emprise du principe du clergé et des pasdaran, leur bras armé ? Une certitude s’impose cependant : tant que l’institution du Guide suprême restera en place, le système restera intrinsèquement et structurellement incapable de réforme en profondeur.

« Téhéran profite de l'absence de vision commune de l'Iran »

Par Lincoln Bloomfield. Président du conseil d'administration du Henry L. Stimson Center, think tank de sécurité non partisane à Washington DC, il a servi comme secrétaire d'Etat adjoint pour les affaires politiques et militaires de 2001 à 2005.

Pour reconquérir au Moyen-Orient la suprématie des normes et principes universels, pour permettre la stabilisation, la réconciliation et la reconstruction dans une région qui a subi tant de conflits dévastateurs, et pour en finir, une fois pour toutes, avec la fusion toxique du religieux et de l’autorité politique initiée par Khomeiny et imitée par Daech, il est nécessaire que la communauté internationale s’unisse pour demander au régime iranien de cesser ses actions destructrices et lever la chape de plomb sur la société iranienne.

Des signaux précurseurs de la Maison blanche ont laissé entendre clairement que les Etats-Unis maintiendraient l’engagement envers l’accord nucléaire, mais resteraient vigilants. Le gouvernement Trump renforce ses capacités militaires au sol en Irak et en Syrie, et certains signes indiquent qu’une politique plus cohérente est en train d’être façonnée par l’équipe de sécurité nationale.

Il existe, une riche histoire moderne de pression iranienne réclamant un gouvernement démocratique d’une forme ou d’une autre. Beaucoup de couleurs politiques sont apparues à travers les critiques internes au régime – certaines ayant émergé de l’intérieur du régime, et d’autres à des degrés divers de mécontentement envers le gouvernement religieux. Écouter chacune de ces critiques, c’est entendre les condamnations très similaires de divers méfaits perpétrés par un régime qui n’inspire aucun respect aux Iraniens exilés.

Quelle est la solution pour favoriser un changement démocratique dans ce pays millénaires? Le soulèvement post-électoral de 2009 a montré la volonté vive du peuple iranien pour mettre fin à la dictature religieuse. Si la répression a été féroce, les opposants iraniens ont su tenir tête. Une résistance organisée, incarné par une coalition, le Conseil national de la Résistance iranienne, prône le changement de l’intérieur.

Si le régime semble tant obsédé par le CNRI c’est que ce dernier a toujours rejeté le type d’Islam prôné par Khomeiny. Osant ainsi défier le cœur de l’entreprise intégriste islamiste, en insistant sur le fait que l’Islam est tolérant, pacifique et conforme à une existence d’individus modernes. Une alternative qui prône l’égalité entre les hommes et les femmes et une république laïque basé sur la séparation de l’Etat et la religion. Par sa détermination et la portée de son engagement, le CNRI menace le socle du pouvoir despotique à Téhéran.