Le vendredi 29 juin 2018, un colloque organisé par la Fondation d’Études sur le Moyen-Orient (FEMO) s’est tenu à Roissy-en-France, consacré aux perspectives de changement en Iran. À cette occasion, au cours de quatre panels distincts, plusieurs intervenants (chercheurs, diplomates, éditorialistes et militaires) ont partagé leur analyse tant sur la situation politique et sociale actuelle que sur l’avenir du régime iranien et la nature des futures relations diplomatiques et commerciales avec l’Iran.

Les débats ont été suivis par un public attentif et prestigieux composé de chercheurs, d’analystes, de journalistes, de diplomates et de personnalités telles que Rudy Giuliani, ancien maire de New York.

Mot de bienvenue du Président de la FEMO

François Colcombet, ancien magistrat de la Cour de cassation et ancien député à l’Assemblée nationale française

Modérateur : Lincoln Bloomfield, ambassadeur, Distinguished Fellow et président émérite du Stimson Center, ancien secrétaire d’État adjoint aux Affaires politico-militaires

Giulio Terzi, ancien ministre des Affaires étrangères d’Italie et ambassadeur auprès de l’ONU

Linda Chavez, ancienne directrice de la liaison publique de la Maison-Blanche

Adam Ereli, ambassadeur, ancien porte-parole du Département d’État américain et ambassadeur à Bahreïn

Robert Torricelli, sénateur des États-Unis de 1997 à 2003, a siégé 14 ans à la Chambre des représentants

Paulo Casaca, directeur exécutif du South Asia Democratic Forum, basé à Bruxelles, ancien député européen

Maria S. Ryan, présidente-directrice générale du Cottage Hospital, Woodsville, New Hampshire

Les Gardiens de la révolution et l’ingérence dans la région

14h30-16h00

Modérateur : Walid Phares, expert du terrorisme mondial et des affaires du Moyen-Orient

Riad Yassine, ambassadeur du Yémen à Paris, ancien ministre des Affaires étrangères du Yémen

Charles Wald, général (retraité), ancien commandant adjoint du Commandement des forces américaines en Europe

James Conway, général (retraité), ancien commandant du Corps des Marines des États-Unis

Frédéric Encel, écrivain et spécialiste de géopolitique du Moyen-Orient

Mohammed Al Sulami, directeur de l’International Institute for Iranian Studies

Yves Thréard, éditorialiste au Figaro

Les Gardiens de la révolution et les sanctions

16h05-17h35

Modérateur : Lincoln Bloomfield, ambassadeur, Distinguished Fellow et président émérite du Stimson Center

Robert Joseph, ambassadeur, envoyé spécial des États-Unis pour la non-prolifération nucléaire et sous-secrétaire d’État américain au Contrôle des armements et à la Sécurité internationale jusqu’en 2007

Bruno Tertrais, directeur adjoint de la Fondation pour la Recherche Stratégique

Michael Pregent, analyste du Moyen-Orient, Hudson Institute

Jean-Sylvestre Mongrenier, membre de l’Institut Thomas More et chercheur à l’Institut Français de Géopolitique

Eduard Lintner, ancien ministre adjoint de l’Intérieur d’Allemagne

Les manifestations en Iran et le rôle de l’opposition

18h-19h30

Modérateur : Mitchell Reiss, ambassadeur, ancien directeur de la planification politique du Département d’État américain et envoyé spécial pour le processus de paix en Irlande du Nord

Michael Mukasey, ancien procureur général des États-Unis

Louis Freeh, ancien directeur du FBI

Sid Ahmed Ghozali, ancien Premier ministre d’Algérie

John Baird, ancien ministre des Affaires étrangères du Canada

Struan Stevenson, coordinateur de la Campaign for Iran Change (CIC), ancien président de la délégation du Parlement européen pour les relations avec l’Irak

Yves Bonnet, ancien préfet et ancien directeur de la DST

La journée de discussions a été ouverte par le président de la FEMO, François Colcombet, qui, après avoir remercié tous les intervenants pour leur présence, a tenu à rappeler les principaux enjeux pour l’avenir de l’Iran.

La politique à l’égard de l’Iran

Le premier panel de discussion portait sur la politique à l’égard de l’Iran. Les intervenants ont ainsi pu débattre de la politique occidentale envers la République islamique. Le débat était modéré par Lincoln Bloomfield, ambassadeur, Distinguished Fellow et président émérite du Stimson Center, ancien secrétaire d’État adjoint aux Affaires politico-militaires. Selon lui, de nombreuses sanctions ont été imposées au régime iranien parce qu’il n’existait aucune confiance réelle entre les dirigeants américains et leurs homologues iraniens. Lorsqu’un nouvel accord a été signé en 2015, un grand manque de confiance subsistait encore en raison de l’agressivité de l’Iran. Aujourd’hui, le président Trump a souhaité se retirer de l’accord, ce qui pose un problème pour les dirigeants européens qui souhaitent poursuivre les négociations avec le régime. Un enjeu majeur de ce conflit est l’énorme déficit d’information sur le programme nucléaire iranien.

Comment les Américains et les Européens peuvent-ils s’unir, et ensuite parvenir à un accord avec l’Iran ?

Giulio Terzi, ancien ministre des Affaires étrangères d’Italie et ambassadeur auprès de l’ONU, a rappelé qu’il est extrêmement important d’établir un dialogue clair entre les institutions européennes et l’administration américaine afin de trouver un terrain d’entente, en particulier pour les relations économiques. Les actes récents du régime iranien, visant à provoquer la division au sein de la population iranienne, ne sont pas acceptables. Nous, Européens et Américains, ne pouvons accepter que les dirigeants iraniens tentent d’effacer l’opposition. Une grande partie des revenus du pays est utilisée pour financer des groupes terroristes. Les dirigeants européens doivent désormais adopter une ligne claire, en particulier en matière commerciale. En effet, de nombreuses grandes entreprises italiennes se demandent pourquoi elles devraient se retirer d’Iran alors que c’est leur propre gouvernement qui les avait convaincues de s’y installer quelques années plus tôt.

Selon Robert Torricelli, sénateur des États-Unis de 1997 à 2003, la politique de Trump à l’égard de l’Iran correspond à la pensée générale sur ce pays. Aujourd’hui, personne ne peut penser qu’il existe un avenir pour l’Iran au sein de la famille des Nations. Bien qu’un changement de régime serait dangereux et impliquerait de nombreuses externalités négatives (beaucoup d’intérêts seraient lésés), le régime ne peut rester en place après ses interventions en Syrie et en Irak. Si l’Iran veut rester dans la famille des Nations, il doit être capable de fonctionner avec une économie normale, un gouvernement normal, des échanges normaux et une direction normale. Il ne devrait pas y avoir d’accords séparés avec l’Europe. Pour cela, et pour soutenir le peuple iranien, il doit y avoir un changement de régime.

Linda Chavez, ancienne directrice de la liaison publique de la Maison-Blanche, a fait remarquer que la question des sanctions est très préoccupante : les États-Unis seront-ils capables d’établir les sanctions économiques nécessaires tout en respectant le peuple iranien, et sera-t-il possible de conclure un accord avec les Européens alors qu’il semble y avoir une rupture avec les Américains sur le dossier iranien ? L’Iran est aujourd’hui une force déstabilisatrice dans toute la région, et le changement devrait être mené par les Iraniens eux-mêmes, dans le respect de la démocratie, et non par une force militaire. Ce que Mme Chavez espère, c’est que l’administration américaine dialogue de plus en plus avec la Résistance iranienne, afin de s’accorder sur les caractéristiques démocratiques essentielles au changement de régime que Mme Rajavi souhaite apporter à l’Iran. Désormais, la Maison-Blanche doit parler de plus en plus de ce qui se passe actuellement en Iran et des manifestations qui en découlent, car, depuis la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont toujours promu la paix et la démocratie dans le monde.

Maria S. Ryan, présidente-directrice générale du Cottage Hospital, Woodsville, New Hampshire, est revenue brièvement sur l’histoire de l’Iran, nourrie d’une richesse culturelle et d’un certain progressisme, notamment concernant la place des femmes dans la société. Ce progrès a été abandonné par le régime, qui opprime désormais son propre peuple, oubliant totalement les droits humains. Les dernières manifestations à Téhéran ont montré que le régime n’est plus populaire et que la révolte vient de la société elle-même, mais cette révolte doit être soutenue. En effet, selon Mme Ryan, les États-Unis et l’UE doivent, au-delà des sanctions économiques et de la sortie de l’accord nucléaire, soutenir l’opposition. Le plan en 10 points de la présidente de l’opposition iranienne, Mme Rajavi, correspond parfaitement aux exigences de la démocratie américaine : un suffrage universel et transparent, l’égalité des sexes, un pays libre.

Adam Ereli, ambassadeur, ancien porte-parole du Département d’État américain et ambassadeur à Bahreïn, a souligné que les dernières manifestations contre le régime ont pris une ampleur exceptionnelle. Selon lui, elles ont montré que les sanctions fonctionnaient : d’une part, le régime n’est plus soutenu, et d’autre part, la détresse du peuple iranien est indéniable. Ce sont deux faces d’une même pièce. Selon M. Ereli, il est nécessaire d’accroître la pression sur le régime, et donc les sanctions. Celles-ci doivent agir rapidement afin que le peuple iranien, qui doit être soutenu, ne souffre pas trop longtemps de la pauvreté. Il faut également partager autant que possible avec le peuple iranien, et pour cela, il est nécessaire d’utiliser les réseaux privés pour diffuser le message de la Résistance démocratique.

Paulo Casaca, ancien député européen, a demandé quelles sont les raisons pour lesquelles l’Europe souhaite tant continuer à négocier avec l’Iran. L’attitude des dirigeants européens devrait être claire quant à leur position vis-à-vis de l’Iran. Il est crucial de concilier les relations entre l’UE et les États-Unis. Selon lui, les 12 points présentés par Mike Pompeo pour un nouvel accord sont excellents. Paulo Casaca a dénoncé la profonde corruption au sein de l’establishment politique européen, qui empêche une politique claire et ferme envers l’Iran. Concernant l’intervention iranienne en Syrie, M. Casaca affirme que la plupart des personnes qui informent sur la situation sont liées au régime iranien. Bien entendu, nous sommes pour la liberté de l’information, mais nous ne devons pas être naïfs. L’Iran est la principale source de désinformation sur la Syrie.

Les Gardiens de la révolution et l’ingérence dans la région

Ce panel était modéré par Walid Phares, expert du terrorisme mondial et des affaires du Moyen-Orient. Selon lui, ce panel est très intéressant car il touche au nerf central, au cœur de l’expansion du régime iranien dans la région. Son premier contact avec les études iraniennes remonte à 1987, lorsqu’il a publié un livre en arabe sur l’essor de la République islamique d’Iran, dans lequel il prévoyait qu’en raison de l’idéologie, le régime finirait par s’étendre dans la région. C’était inscrit dans son ADN.

Riad Yassine, ambassadeur du Yémen à Paris, a évoqué la présence iranienne au Yémen. L’intervention iranienne au Yémen est aujourd’hui évidente, dans la mesure où l’Iran fournit des armes aux Houthis. Ce faisant, l’Iran viole l’embargo et la résolution 2216 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui interdit la livraison d’armes aux Houthis et à leurs alliés. Cependant, ceux-ci utilisent de nouvelles technologies telles que des drones kamikazes ou des véhicules armés, provenant manifestement d’Iran. Il a souligné que de nombreux experts iraniens et membres du Hezbollah dirigent des actes hostiles sur place.

Selon Charles Wald, général et ancien commandant adjoint du Commandement des forces américaines en Europe, les sanctions, fondées sur beaucoup d’espoirs et de naïveté, n’ont pas modéré l’attitude iranienne. En effet, cela semble être un échec puisque le régime de Téhéran pense toujours que sa sécurité dépend de l’exportation de la révolution et des milices qui promeuvent l’extrémisme. Aujourd’hui, le régime veut renforcer son contrôle sur l’Irak et assurer une enclave pour le Hezbollah près de la mer Méditerranée. L’Iran doit quitter la Syrie et cesser son intervention permanente. Face à cela, les États-Unis doivent maintenir une présence militaire en Syrie et en Irak pour empêcher la réémergence de Daech et assurer la sécurité d’un processus politique stable d’après-guerre, de la reconstruction, et pour minimiser l’influence iranienne qui pourrait compromettre ces objectifs.

James Conway, général et ancien commandant du Corps des Marines des États-Unis, a confirmé que c’est aujourd’hui l’Iran qui distribue les cartes dans la plupart des capitales du Moyen-Orient : Beyrouth, Sanaa, Damas… La Syrie représente de loin l’effort le plus dangereux et le plus soutenu des Gardiens de la révolution. La confrontation entre Israël et l’Iran est majeure dans les relations de la région, et le résultat des semaines à venir va remettre en question ces relations. Selon M. Conway, il est important d’encourager des sanctions plus sévères envers l’Iran et d’encourager les Européens à établir eux aussi des sanctions pour empêcher le régime d’exercer une pression constante dans la région.

Frédéric Encel, spécialiste du Moyen-Orient, a souligné que la preuve de l’impérialisme iranien est que nous le subissons de manière permanente. La fuite en avant de ce régime s’exprime par sa présence au Liban via le Hezbollah, un groupe qui ne respecte pas les accords de Taëf, mais aussi par sa présence au Soudan, au Yémen et en Syrie, où l’impérialisme est extrêmement dur. Cependant, ces pays ne sont pas limitrophes de l’Iran et ne représentent pas une menace directe qui pourrait légitimer une intervention iranienne. Aujourd’hui, a-t-il affirmé, le peuple iranien en a assez, même si le régime craint de perdre le soutien populaire.

Yves Thréard, éditorialiste au Figaro, s’est interrogé sur l’attitude française face au retrait américain de l’accord nucléaire. Lorsque la révolution iranienne a eu lieu, la mise en place des Gardiens de la révolution n’a pas été prise assez au sérieux face à l’immense danger, et la pédagogie n’a pas été faite. Le monde n’a pas compris ce qui allait se produire, et les appels à une révolution mondiale de Khomeiny n’ont pas été traduits dans la presse occidentale. Aujourd’hui, on retrouve le même phénomène : ce qui se passe en Iran dans la société n’est pas traduit en Europe, notamment la récente grève au bazar de Téhéran. Il est important que le président français se prononce sur cette question. La France peut-elle se permettre de se tourner vers l’Iran et de considérer Washington comme un adversaire ?

Selon Mohammed Al Sulami, directeur de l’International Institute for Iranian Studies, le Moyen-Orient, et particulièrement le peuple iranien, souffre aujourd’hui des forces des Gardiens de la révolution. Pour lutter contre le régime iranien, les pays démocratiques peuvent le confronter par le biais d’organisations internationales ou régionales, jusqu’au système judiciaire international. Ils peuvent également le confronter économiquement en identifiant clairement les entreprises internationales liées aux Gardiens de la révolution et en cessant de commercer avec elles. Enfin, ils peuvent le confronter militairement en attaquant les organisations terroristes. Les différents pays doivent coopérer, notamment sur l’information concernant le régime.

Les Gardiens de la révolution et les sanctions

M. Lincoln Bloomfield a ouvert le troisième panel de discussion consacré aux sanctions imposées au régime et à l’attitude des Gardiens de la révolution.

Comment, et que peut faire la communauté internationale pour s’opposer au comportement de cette organisation ?, a demandé M. Bloomfield.

Selon Bruno Tertrais, directeur adjoint de la FRS, on ne peut nier l’importance des sanctions dans la coercition exercée sur le régime pour négocier, surtout lorsqu’on observe à quel point l’économie s’est contractée et à quel point les revenus pétroliers ont chuté. Les Gardiens de la révolution se sont adaptés à ces sanctions, mais, dans certains secteurs de l’économie, elles ont contribué à renforcer leur influence. L’espoir est que le désaccord entre l’administration américaine et les Européens ne les empêche pas de s’entendre sur d’autres questions. Selon M. Tertrais, un nouvel accord ne semble pas se profiler, même si le président français Emmanuel Macron a donné instruction de travailler avec les autres dirigeants européens. Macron a annoncé son intention de se rendre à Téhéran, mais il ne le fera pas car il a vu les limites de ce qu’il est possible de faire avec le régime iranien. Le report de cette rencontre est un bon signe pour limiter les divergences entre Washington et les capitales européennes. Un changement de régime viendra sûrement du peuple lui-même, en raison de la mauvaise gestion politique et économique du pays et de la brutalité des Gardiens de la révolution, et pas seulement à cause des sanctions.

Selon Eduard Lintner, ancien ministre adjoint de l’Intérieur d’Allemagne, tout changement possible en Iran est lié au démantèlement des Gardiens de la révolution. En Allemagne, on pense que les sanctions affectent surtout le peuple iranien. En réalité, ces sanctions réduisent les revenus du régime, qui ne pourra donc plus commettre autant de crimes qu’auparavant. De nombreux pays ont recommandé de cesser toute relation diplomatique avec l’Iran tant que les Gardiens de la révolution dirigeront le pays. Le public allemand soutient activement la Résistance iranienne. M. Lintner appelle à informer correctement notre opinion publique sur ce qui se passe en Iran, et il pense que nos gouvernements devraient reconsidérer les sanctions à établir sans affecter l’ensemble de la population.

Michael Pregent, analyste du Moyen-Orient, a réitéré que les manifestants en Iran demandent le soutien européen et américain. Il y a des opposants politiques en prison, certains sont assassinés, et nos médias doivent couvrir ces faits quotidiens car nous nous perdons parfois dans l’importance relative des différentes actualités. Les sanctions établies par l’administration Obama avaient pour objectif d’amener l’Iran à la table des négociations, mais le régime a tout repris lors de l’accord de Vienne. Les manifestants tiennent le régime pour responsable de la chute de l’économie et de la violation des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU. L’accord nucléaire a échoué principalement en raison du soutien iranien aux groupes terroristes.

L’ambassadeur Robert Joseph, ancien envoyé spécial des États-Unis pour la non-prolifération nucléaire, a déclaré qu’il est important de noter que les sanctions sont plus efficaces avec le soutien de la population. Il semble qu’aujourd’hui la population iranienne comprenne réellement les causes de la crise économique et qu’elle en tienne directement le régime iranien pour responsable. Il est important de travailler avec l’opposition, qui demande un Iran libre et démocratique face à la perversion du régime. Il est clairement possible d’attaquer le réseau financier des Gardiens de la révolution. Tous les aspects du régime sont antidémocratiques : il est brutal. Il ne peut devenir modéré et emprunter la voie des réformes car il sait déjà qu’il est condamné. Nous devons soutenir l’opposition à l’intérieur de l’Iran. Un changement de régime doit être mené par et pour le peuple iranien, ce qui exige un certain sacrifice.

Jean-Sylvestre Mongrenier, chercheur à l’Institut Français de Géopolitique, estime que l’accord de 2015 est un mauvais accord puisque le régime a préservé ses armes nucléaires. L’esprit général de l’accord n’a pas été respecté, dans la mesure où la démocratie n’a jamais atteint l’Iran. La méthode européenne avancée par Paris, Londres et Berlin consiste à maintenir un accord reposant sur l’existant. Il s’agissait surtout de rhétorique, car les dirigeants iraniens ont immédiatement exprimé leur refus. Selon M. Mongrenier, ce qui manque à la stratégie américaine, c’est une vision d’ensemble qui s’éloigne du simple « chacun pour soi ».

Les manifestations en Iran et le rôle de l’opposition

Le quatrième et dernier panel a été ouvert par Mitchell Reiss, ambassadeur, ancien directeur de la planification politique du Département d’État américain et envoyé spécial pour le processus de paix en Irlande du Nord. Selon lui, l’accord nucléaire n’a pas empêché le régime de poursuivre sa conquête du Moyen-Orient, et l’Amérique tente d’envoyer un message fort par le retrait de cet accord.

Michael Mukasey, ancien procureur général des États-Unis, a affirmé qu’il faut être prudent dans la manière de défendre les idées. Tout l’argent versé à l’Iran reste dans la poche de ceux qui oppriment leur population. Le peuple iranien veut que cet argent reste et soit utilisé ici, en Iran, et commence à faire entendre sa voix. Nous devons lui donner un moyen de communication pour qu’il puisse maintenir cette voix.

Selon Louis Freeh, ancien directeur du FBI, toutes les pressions exercées contre le régime n’ont pas découragé son principal objectif, à savoir l’exportation du terrorisme. Le régime et les Gardiens de la révolution continuent d’exporter le terrorisme en Syrie, au Yémen ou en Irak. L’opposition ne représente pas seulement une jeunesse en colère, mais une part immense de la population qui fait preuve d’un grand courage malgré ce à quoi elle est confrontée. Les commerçants du bazar, colonne vertébrale de l’économie iranienne, sont eux aussi très en colère. On voit donc à quel point l’accord de 2015 est erroné. Il est temps d’avancer avec persévérance. Mme Maryam Rajavi, présidente élue du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), a le charisme et l’intelligence nécessaires pour défendre sa cause aux États-Unis.

Selon l’ancien ministre canadien des Affaires étrangères John Baird : la seule chose qui retient le peuple iranien, ce sont les mollahs, et nous devons nous unir pour nous tenir aux côtés du peuple iranien. En effet, il a estimé que nous devrions soutenir les manifestants pour parvenir à un Iran libre. L’Iran possède un potentiel énorme, une nation riche de ses valeurs éducatives et de ses immenses ressources. Ceux qui luttent politiquement et économiquement, nous devons les aider.

Selon Yves Bonnet, ancien préfet français et ancien directeur du service de sécurité intérieure DST, c’est la première fois que la démocratie américaine change d’attitude envers le régime iranien. Bien que les Français se moquent de M. Trump, il comprend finalement quelque chose sur la politique étrangère à mener, notamment envers l’Iran, en expliquant que la politique d’apaisement envers le régime a conduit à la faillite. M. Bonnet a tenu à revenir sur l’histoire politique de l’Iran, en rappelant notamment que plusieurs erreurs avaient été commises, comme le coup d’État de la CIA contre le Premier ministre Mossadegh ou la mise en place d’une police politique du Shah soutenue par les Américains et les Britanniques, ainsi que les manœuvres entre le régime iranien et les pays occidentaux (États-Unis et Europe compris) pour stigmatiser l’opposition iranienne.

Struan Stevenson, coordinateur de Campaign for Iran Change, a expliqué que le peuple iranien a retrouvé sa voix lors des manifestations dans 142 villes. En effet, ces personnes sont prêtes à sacrifier leur vie pour participer à ces manifestations. Le régime a répondu de manière habituelle, en arrêtant de nombreuses personnes, dont 14 auraient été torturées à mort, tuées par overdose en prison. Chacun peut constater la manière dont les mollahs utilisent l’argent de la nation pour financer les milices chiites, les rebelles houthis et le Hezbollah. Pour M. Stevenson, Rohani n’est pas modéré simplement parce qu’il sourit devant les caméras. C’est un monstre malveillant, comme tous les autres mollahs.

« Ils craignent Mme Rajavi, et la raison pour laquelle ils craignent Mme Rajavi, c’est parce qu’ils craignent la démocratie, ils craignent la justice, ils craignent la liberté », a-t-il déclaré.

Selon l’ancien Premier ministre d’Algérie, Sid Ahmed Ghozali, il ne peut exister de régime modéré des mollahs, car celui-ci repose sur l’instrumentalisation de la religion musulmane à des fins politiques. L’islam peut être défini comme la religion du juste milieu, qui déteste l’extrémisme. Ceux qui tuent des innocents ne peuvent être modérés. La politique d’apaisement de l’Occident envers les mollahs menace l’humanité. La tragédie iranienne réside dans le passage de la dictature du Shah à la dictature des mollahs. L’Iran veut dominer le monde arabo-musulman par la déstabilisation. Les récentes manifestations indiquent une nouvelle étape : la décomposition iranienne. Le peuple ne peut être que vulnérable lorsqu’il voit ses ressources et ses richesses gaspillées par un régime qui ne lui donne rien.

Nous sommes de plus en plus nombreux à expliquer la réalité du combat du peuple iranien et les enjeux qu’il représente pour ce peuple, mais aussi pour nous tous, membres de la communauté internationale et amoureux de la paix, a ajouté M. Ghozali.