Par la rédaction

Le 5 octobre 2026, une conférence à huis clos intitulée « Au-delà de l’engagement et de la guerre : vers une nouvelle stratégie à l’égard de l’Iran » s’est tenue à Bruxelles, à l’initiative de Charles Michel Office et du Forum d’études pour le Moyen-Orient (FEMO). Elle a réuni d’anciens chefs d’État et de gouvernement, des décideurs politiques, des ambassadeurs, des diplomates ainsi que des chercheurs et des experts.

Présidée par Charles Michel, Président Émérite du Conseil européen, et Jean-François Legaret, président du FEMO, cette table ronde a porté sur plus de quatre décennies de politique internationale à l’égard de l’Iran, marquées par une alternance entre deux approches principales : l’engagement diplomatique avec le régime en place et, plus récemment, la confrontation, notamment par le recours à la pression militaire extérieure. Selon les participants, aucune de ces stratégies n’a permis d’apporter de réponse durable aux principaux défis posés par l’Iran, qu’il s’agisse des violations des droits de l’homme, de ses interventions régionales, de son soutien à des groupes armés ou de ses ambitions nucléaires.

Dans un contexte marqué par une contestation intérieure croissante, des divisions politiques persistantes et des aspirations accrues de la population à un changement démocratique, la question de la stratégie à adopter à l’égard de l’Iran demeure centrale. Les tensions régionales et les enjeux liés à la sécurité du détroit d’Ormuz renforcent encore la nécessité de repenser les approches traditionnelles. Les échanges ont ainsi porté sur les alternatives possibles au-delà du choix entre engagement diplomatique et confrontation militaire.

Cette table ronde de haut niveau a permis d’évaluer les limites des stratégies suivies jusqu’à présent et d’examiner de nouvelles options politiques. Les discussions ont également mis l’accent sur la promotion d’un changement démocratique, le respect des droits de l’homme, la lutte contre l’impunité et la stabilité régionale. Les participants ont pu confronter leurs analyses et échanger ouvertement sur les perspectives d’une nouvelle approche internationale à l’égard de l’Iran.

En marge de cette table ronde, une conférence de presse s’est tenue en présence de Charles Michel, Hans-Ulrich Seidt, Joachim Rücker et John Bercow. Elle a été l’occasion de lancer un appel solennel d’anciens dirigeants européens en faveur d’un changement de stratégie à l’égard de l’Iran.

https://fr.euronews.com/video/2026/10/05/leurope-peine-a-se-faire-entendre-sur-la-scene-internationale-deplore-charles-michel

L’ancien président du Conseil européen, Charles Michel, a appelé l’Europe à revoir son approche à l’égard de l’Iran et à dépasser les stratégies diplomatiques qui, selon les signataires d’un appel commun, n’ont pas permis d’obtenir de résultats durables.

Par cet appel, plusieurs personnalités européennes, parmi lesquelles les anciens Premiers ministres belges Guy Verhofstadt et Yves Leterme, ainsi que Jean-Pierre Raffarin et Paolo Gentiloni, invitent les dirigeants européens en exercice à envisager de nouvelles options face au régime iranien. Ils soulignent notamment la nécessité de placer les aspirations du peuple iranien et son droit à déterminer librement son avenir au cœur de toute perspective de changement démocratique.

Charles Michel a estimé que les approches suivies jusqu’à présent n’avaient pas produit les résultats escomptés. Il a également critiqué les frappes militaires menées par les États-Unis et Israël en Iran, qu’il a qualifiées de contraires au droit international, considérant qu’elles ne permettraient ni d’améliorer la situation du peuple iranien ni de renforcer la stabilité régionale. Il a appelé les gouvernements européens à faire preuve de courage politique et à sortir du statu quo.

John Bercow, ancien président de la Chambre des communes britannique, Joachim Rücker, ancien président du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, et Hans-Ulrich Seidt, ancien ambassadeur allemand en Afghanistan, ont également relayé cet appel en faveur d’un changement d’approche.

Interrogé à cette occasion par The Brussels Times, Farzin Hashemi, membre de la commission des Affaires étrangères du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), a défendu une troisième voie, distincte tant de la coopération avec le régime en place que d’une intervention militaire étrangère. Selon lui, le changement doit être porté par le peuple iranien et par la résistance à l’intérieur du pays. Il a également présenté le programme du CNRI, qui prévoit l’organisation d’élections dans les six mois suivant le renversement du régime, ainsi que le transfert du pouvoir à des représentants élus.

Cet appel lancé à Bruxelles met ainsi en avant la nécessité de réexaminer en profondeur la politique européenne à l’égard de l’Iran, de tirer les enseignements des limites des approches diplomatiques et militaires précédentes et de placer les aspirations du peuple iranien au centre de toute perspective de transition démocratique.

Lire l’article du Brussels Times

« Nous avons collectivement échoué » : Charles Michel mène l’appel européen à une nouvelle stratégie vis-à-vis de l’Iran

À Bruxelles, d’anciens dirigeants européens appellent à une nouvelle stratégie envers l’Iran

De gauche à droite : Hans-Ulrich Seidt, Charles Michel, Joachim Rucker, John Bercow. Crédit : The Brussels Times

L’ancien Premier ministre belge Charles Michel mène une campagne à l’échelle européenne pour persuader les gouvernements de rompre tout engagement politique et diplomatique avec le régime iranien, et exhorte le président américain Trump à mettre fin à ses attaques militaires illégales contre le pays.

https://www.brusselstimes.com/2348151/we-have-collectively-failed-charles-michel-leads-european-call-for-new-strategy-on-iran

Voici le texte de l’appel lancé par d’anciens dirigeants européens en faveur d’un changement de stratégie vis-à-vis de l’Iran :

Vers une nouvelle stratégie européenne à l’égard de l’Iran

Le Conseil européen,

1. Reconnaît que la situation en Iran a des conséquences profondes non seulement pour le peuple iranien, qui subit depuis des décennies la répression et des violations systématiques de ses droits fondamentaux, mais aussi pour la paix et la sécurité régionales et internationales, en raison du soutien du régime au terrorisme — y compris contre l’Ukraine —, de la déstabilisation régionale et de l’extrémisme religieux à l’étranger.

2. Note que des décennies de concessions répétées, dans le cadre d’un engagement diplomatique, n’ont pas permis d’obtenir un changement fondamental du comportement du régime, tandis que la confrontation militaire n’a pas non plus apporté de solution durable à la crise iranienne. L’Union européenne devrait donc envisager de nouvelles options stratégiques plutôt que de répéter des approches qui n’ont pas donné de résultats durables.

3. Appelle à une nouvelle approche européenne à l’égard de l’Iran, plaçant le peuple iranien au cœur de la stratégie, le reconnaissant comme le principal acteur du changement démocratique et soutenant sa capacité à façonner l’avenir politique de son pays par des moyens démocratiques.

4. Souligne qu’une telle approche devrait placer le droit international, les droits de l’homme, l’obligation de rendre des comptes et la lutte contre l’impunité au centre de la politique européenne à l’égard de l’Iran.

5. Invite la haute représentante et le Service européen pour l’action extérieure, en consultation avec les États membres, à élaborer et à présenter de nouvelles options stratégiques pour la politique de l’Union européenne à l’égard de l’Iran, fondées sur ces principes et tenant compte des intérêts de sécurité, des valeurs et des objectifs stratégiques à long terme de l’Europe, en vue de soutenir l’émergence d’une République islamique d’Iran démocratique et non dotée de l’arme nucléaire, en paix avec ses voisins et attachée à la stabilité régionale.

6. Considère que l’élaboration d’une telle stratégie constitue une expression de la souveraineté stratégique européenne : la capacité de l’Union européenne à définir sa politique à l’égard de l’Iran sur la base de ses propres intérêts, valeurs, priorités de sécurité et principes, tout en agissant conformément au droit international.

Voici la liste complète des signataires de l’appel :

Charles Michel — Ancien Premier ministre de Belgique ; Ancien président du Conseil européen

Paolo Gentiloni — ancien Premier ministre italien

Jean-Pierre Raffarin — ancien Premier ministre français

Geir H. Haarde — Ancien Premier ministre d’Islande

Guy Verhofstadt — Ancien Premier ministre de Belgique

Enda Kenny — Ancien Premier ministre d’Irlande

Yves Leterme — Ancien Premier ministre de Belgique

Lamberto Zannier — Ancien secrétaire général de l’OSCE

Eamon Gilmore — Ancien représentant spécial de l’UE pour les droits de l’homme ; ancien ministre des Affaires étrangères d’Irlande

Georgi Bliznashki — ancien Premier ministre de Bulgarie

Borut Pahor — Ancien président de la Slovénie

Lawrence Gonzi — Ancien Premier ministre de Malte

Carlo Cottarelli — ancien Premier ministre désigné d’Italie

Petre Roman — Ancien Premier ministre de Roumanie

Avdullah Hoti — Ancien Premier ministre du Kosovo

Jeppe Kofod — ancien ministre des Affaires étrangères du Danemark

Joachim Rücker — Ancien président du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies

Peter Altmaier — Ancien ministre fédéral de l’Économie et de l’Énergie d’Allemagne

Dick Spring — Ancien ministre des Affaires étrangères d’Irlande

Hans-Ulrich Seidt — Ancien ambassadeur d’Allemagne en Afghanistan

Alexandru Athanasiu — ancien Premier ministre de Roumanie

Joseph Muscat — Ancien Premier ministre de Malte

Erkki Tuomioja — L’ancien ministre finlandais des Affaires étrangères Charles Michel dirige l’appel européen en faveur d’une nouvelle stratégie sur l’Iran